Ma vision personnelle de l’état des lieux

Le travail réalisé par notre équipe lors de ce blogue m’a permis d’en apprendre beaucoup sur une question qui me semblait évidente à prime abord.

 

J’étais déjà consciente du fait que la politique et l’art sont interreliés, mais jamais je n’avais vu la situation dans son ensemble. Grâce à ce blogue, je comprends mieux comment chaque discipline peut profiter des avantages qu’offre la seconde pour en retirer des bénéfices concrets.

 

La politique, tout d’abord, se sert de la notoriété des artistes pour mieux passer ses messages et pour rejoindre un plus large public. La politique peut aussi s’assurer que certaines causes, notamment humanitaires, soient placés à l’avant-plan de la scène médiatique en raison de l’implication de certaines vedettes. Finalement, la politique a tout intérêt à utiliser les ressources que l’art lui apporte si elle veut avoir le plus grand effet possible.

 

L’art, de son côté, profite également de son association avec la politique. Que ce soit au cinéma ou dans la bande dessinée, comme je l’ai mentionné dans mes articles, mais également en musique ou ailleurs, les artistes utilisent souvent leur tribune médiatique pour transmettre un message à travers leurs créations. L’art s’est souvent inspiré des événements politiques, récents ou historiques, pour orienter ses choix créatifs. La politique peut donc être un tremplin permettant aux artistes de susciter un débat ou d’exprimer leur vision du monde dans un contexte particulier.

 

Mais au-delà de tout cela, il reste certaines interrogations.

En politique: comment s’assurer que le message qui doit être passé n’est pas obnubilé par la notoriété de l’artiste qui lui est associé? Est-ce que la présence d’un artiste peut porter atteinte à la crédibilité du message politique?

Pour les artistes: comment un artiste peut-il éviter d’être identifié comme ne faisant que de “l’art engagé” lorsque ce n’est qu’un aspect de son oeuvre?

 

En gardant à l’esprit ces interrogations, je crois qu’il est clair que le sujet de la relation entre l’art et la politique est loin d’être clos. Chaque jour nous apporte une dépêche qui prouve que celle-ci est riche en collaboration de toutes sortes.  Il faudra donc rester aux aguets et se sensibiliser aux multiples liens entre artistes et politiques.

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Cinéma et politique: une union qui va de soi

Le cinéma et la politique ont toujours fait bon ménage, que ce soit dans le cinéma de fiction ou dans le documentaire. Le cinéma a toujours été un reflet de son époque et, par la même occasion, des opinions de ses créateurs.

On n’a qu’à penser aux films de D.W. Griffith, qui au tout début de l’histoire du cinéma n’hésitait pas à passer des messages dans ses œuvres, notamment The Birth of a Nation (1915) et Intolerance: Love’s Struggle Throughout the Ages (1916). Le premier fut porteur d’une controverse qui fit le tour des États-Unis de par sa représentation du Ku Klux Klan comme une force positive permettant de mater le Sud du pays après la Guerre Civile. Le second fut une tentative de rectifier le tir en montrant comment l’intolérance existe depuis la nuit des temps.

La politique au cinéma ne date donc pas d’hier. Mais qu’en est-il maintenant? Pour répondre à cette question, je vous propose un tour d’horizon des tendances politiques dans le cinéma de fiction et le documentaire.

Le cinéma de fiction

Affice de "Un dimanche à Kigali" de Robert Favreau (2006)

« Le seul fait de vouloir faire du cinéma au Québec est un geste politique » Claude Jutra, cité par Joanne Arcand [1]

Au Québec, la figure la plus connue du cinéma de fiction engagé demeure évidemment Pierre Falardeau qui, notamment avec 18 février 1839, n’hésite pas à mettre en évidence les parallèles entre la révolte des Patriotes au dix-neuvième siècle et ses aspirations souverainistes. En tant qu’artiste engagé à l’extérieur de son travail, il n’est pas étonnant qu’il n’hésite pas à passer son message à travers ses œuvres également. Il n’est pas le seul: l’émergence du cinéma québécois proprement dit au cours des années 1960 a vu la montée de cinéastes engagés, souvent militants, qui n’hésitaient pas à dénoncer, à prendre la parole à travers leurs films. Le chat dans le sac, réalisé en 1964 par Gilles Groulx, est un plaidoyer sur la montée de l’identité nationale québécoise réinterprétée à travers la vie de couple de deux jeunes. Vous pouvez visionner ce film sur le site de l’Office national du film du Canada ici. Cette tendance du cinéma québécois se poursuit encore de nos jours, les sujets politiques se sont transformés: Hugo Latulippe mentionne  que Monsieur Lahzar, film ayant remporté le prix Jutra du meilleur film de 2011, peut également être perçu comme une œuvre engagé qui discute des problèmes de la réforme de l’éducation et également du traitement des immigrants par la société québécoise. [2]

Les États-Unis ne sont pas en reste: le très grand nombre de films qui traitent de la guerre en font foi. Pourtant, il ne faut pas se leurrer: « ce n’est pas le thème qui fait l’engagement : un film sur la guerre ne sera pas nécessairement contestataire. »[3] Les exemples sont légions, que l’on pense à la dénonciation de la guerre du Vietnam dans Apocalypse Now, Born on the Fourth of July, Platoon etc. Cette guerre eut un profond impact sur la société américaine et ce fait se reflète dans le grand nombre de films qui lui sont dédiées, non seulement dans les années 1970-80 mais aussi encore aujourd’hui.

Le cinéma de fiction d’une nation sait également dénoncer des situations politiques qui lui sont étrangères. Pensons notamment à Hotel Rwanda (2005) de Terry George qui, à travers la fiction, dénonce la génocide de 1994 tout en abordant la question de la responsabilité de l’Occident et de son impuissance [4].  Au Canada, en 2007, une adaptation des mémoires du Général Roméo Dallaire, dans le film J’ai serré la main du diable, nous présente le même conflit par la perspective du général des forces internationales en poste à Kigali, interprété par Roy Dupuis. Un an plus tôt, Un dimanche à Kigali, adaptation du roman de Gil Courtemanche, arrive sur les écrans québécois et offre une perspective différente sur les conséquences du conflit sur la vie dans la capitale rwandaise.

On remarque ici que le message politique peut prendre de nombreuses formes dans le cinéma de fiction. Attardons-nous maintenant un moment sur le cinéma documentaire.

Le cinéma documentaire

Affiche de "Fahrenheit 9/11" de Michael Moore (2004)

Les documentaire engagés sont partout: on les retrouve dans toutes les cinématographies nationales, ils sont présents dans les plus grands festivals, ils s’installent sur nos écrans… et ils remportent du succès!

On ne peut passer sous silence le phénomène du documentaire engagé qu’est Michael Moore. Sans pour autant accepter sans protestation ses techniques de réalisation et de recherche, force est d’admettre que ses films ont un succès planétaire. En 2004, son film Fahrenheit 9/11, véritable pamphlet contre George W. Bush, remporte la Palme d’Or au festival de Cannes, la plus grande célébration du cinéma au monde. Malgré les difficultés rencontrées avec ses producteurs, le film a remporté plus de 200 millions de dollars en recettes à travers le monde.

Moore n’est pas le seul réalisateur de documentaires à remporter un tel succès d’estime, que ce soit aux États-Unis (Supersize Me (Morgan Spurlock, 2004), An Inconvenient Truth (David Guggenheim, 2006) ou ailleurs dans le monde (Tie Zi Qu: À L’Ouest des rails (Wang Bing, 2003). De son côté, le Québec s,est toujours grandement intéressé au documentaire et à ses possibilités de dénonciation politique. Pensons notamment à Denys Arcand, qui avant de se tourner vers la fiction a réalisé de grands documentaires comme par exemple On est au coton (1970), qui met en évidence les conditions de travail difficiles et les problèmes de l’industrie manufacturière, ou à le confort et l’indifférence (1981), qui analyse la situation politique québécoise au lendemain du référendum sur la souveraineté.

Finalement, le mouvement des Indignés un peu partout sur la planète a également inspiré un film, Indignados, de Tony Gatlif, qui se veut des dires mêmes du réalisateur « plus qu’un film, plus qu’un documentaire, c’est un ciné poème engagé » [5] Librement inspiré de Indignez-vous, écrit par Stéphane Hessel, ce film traverse la révolte des indignés à Madrid, mais rejoint également les préoccupations évoquées sur tout le continent européen en cette année 2011. Les images ont été filmées en Espagne, en France et en Grèce et deviennent donc un témoignage de ce mouvement, immortalisé à jamais sur pellicule pour en assurer la postérité.

Pour poursuivre la réflexion

C’est là la plus grande force, à mon avis, des messages politiques transmis par le cinéma, qu’il soit de fiction ou documentaire. Les cinéastes ont la capacité d’influencer ou de partager leurs points de vues avec leurs contemporains, mais également avec ceux qui les suivront, longtemps après qu’ils aient pu mettre leurs films au monde. C’est particulièrement vrai pour des films dénonçant des situation telles que le racisme, l’homophobie ou toute autre forme de discrimination.

Signe des temps, de nombreux articles sont dédiés à l’analyse de la situation du cinéma engagé depuis quelques années: la chaîne franco-allemande ARTE, Courrier International, et même Le monde diplomatique s’y sont consacrés, pour n’en nommer que quelques-uns. On remarque donc une recrudescence de la présence du message politique dans le cinéma à grande échelle, ou du moins une plus grande capacité de la part du public de la percevoir.

Êtes-vous d’avis qu’un message politique est plus efficace lorsqu’il est intégré à une histoire fictive ou préférez-vous une vision qui tend vers l’objectivité, telle que le permet le documentaire?

Est-ce que vos films préférés contiennent un message politique?

La politique du neuvième art

Il peut être facile d’oublier que la bande dessinée est un art à part entière, au même titre que le cinéma ou la peinture. Pourtant, son caractère universel, tant du point de vue géographique que générationnel, fait de la bande dessinée un véhicule de promotion idéal pour la pensée politique de son ou ses créateur(s). Tout est dans le message et dans l’auditoire qu’on cherche à rejoindre.

Pensons seulement à Mafalda, la petite fille d’Argentine qui, grâce à l’œil vif de son créateur, Quino, nous donne des leçons sur l’état du monde:

Des stéréotypes tenaces voudraient que la bande dessinée ne s’adresse qu’aux enfants et qu’elle ne puisse donc soutenir un véritable message politique. Lorsqu’on s’y attarde un peu, on réalise que ce n’est absolument pas le cas. Le neuvième art est varié et on peut y retrouver une myriade de messages, que ce soit par rapport à un sujet plus historique comme l’Holocauste, tel que rapporté dans Maus, de Art Spiegelman ou un sujet encore plus d’actualité comme la situation en Iran, comme nous le démontre Persépolis, de Marjane Satrapi. Mais que racontent ces histoires au juste?

Hitler tel que présenté dans Maus, de Art Spiegelman

MAUS – ART SPIEGELMAN

Publié entre 1972 et 1991, Maus (de l’allemand pour « souris ») est une biographie du père de l’auteur et de son expérience dans l’Allemagne Hitlérienne, où il a connu l’horreur des camps de concentration. Spiegelman s’est inspiré des témoignages qu’il a pu récolté pour ensuite l’exprimer sous forme de bande dessinée, en représentant les Juifs Allemands en souris et les autres Allemands en chats. Publié en deux volumes, Maus demeure encore la seule bande dessinée à avoir remporté le Prix Pullitzer, exploit réalisé en 1992 après la parution du dernier tome.

Dans son oeuvre, l’auteur touche à des sujets délicats, que ce soit l’expérience atroce que fut celle des camps, ou même encore les contradictions qu’expriment son père et qui peuvent confondre son fils, notamment en ce qui à trait à son opinion sur les homosexuels ou sur d’autres groupes marginalisés. En lisant Maus, on est parfois pris d’un énorme malaise face à l’attitude parfois discriminatoire d’un homme ayant autant souffert de celle des autres.

L’influence de Maus est indéniable: nombres d’articles académiques et de livres ont été écrits à son sujet et le nombre de témoignages de personnes ayant été touchées par cette vision très personnelle de la Shoah ne cessent d’augmenter. Cette année, plus de 20 ans après sa parution, Spiegelman publie MetaMaus, un ouvrage où l’auteur prend le temps de nous entraîner dans les coulisses de la création de son chef d’œuvre. [1]

Couverture de Persépolis, de Marjane Satrapi

PERSÉPOLIS – MARJANE SATRAPI

Persépolis est une autobiographie dessinée qui raconte la vie de l’auteur en Iran. L’histoire débute en 1979 et couvre la période de la révolution (1979-1980) ainsi que les années difficiles qui ont suivi jusqu’en 1994, au moment où l’auteure quitte son pays pour la France, où elle réside désormais.

On y suit donc la vie de Marjane et on y découvre comment les nombreux changements en Iran ont pu l’affecter, elle et sa famille. Tout comme Maus, Persépolis transforme des moments historiques majeurs, tels que la prie d’otages de l’ambassade américaine de 1979 où la guerre avec l’Irak entre 1980 et 1988, en une série d’événements personnels, qui permet au lecteur de véritablement comprendre le quotidien iranien et de se sentir concerné par le sort de ses habitants.

Persépolis fut un succès international, à un point tel que l’auteur et un collaborateur ont eu l’occasion de transposer cette bande dessinée en film d’animation. Ce film a remporté de nombreux prix, incluant le prix du jury du Festival de Cannes en 2007.

Les réactions aux quatre tomes de Persépolis ne fut pas que positive. Il semble que plusieurs Iraniens, qui se battent à tous les jours pour améliorer leur sort, n’ait pas apprécié les raccourcis de l’auteur pour traiter de certaines situations, ni sa critique des actions commises par le pouvoir. On lui reproche sa « mémoire sélective » ainsi que sa vision biaisée du régime du Shah. [2]

Le message politique contenu dans Persépolis reste toujours d’actualité. En 2009, à l’occasion des élections contestées en Iran, des nouveaux artistes ont adaptés les dessins de Satrapi avec un nouveau texte racontant la situation actuelle. Grâce au soutien de l’auteur, cette réappropriation de son œuvre a pu être diffusée sur Internet et ainsi permettre de passer un message politique important, dans un pays où la contestation peut être dangereuse. [3]

Page couverture de "Le président de vos rêves"

Page couverture du tome 1 de l'Affaire des affaires

Plus près de nous…

Encore aujourd’hui, la bande dessinée et ses dérivés, la caricature en tête, est un vecteur idéal pour des messages politiques, qu’ils soient directs ou indirects. En période d’élection, on voit apparaître de plus en plus de ces messages. En France, on peut notamment se procurer Sarkozy et les riches, La vie secrète de Marine Le Pen et même Le président de vos rêves de Jul, où le lecteur peut, comme le dit le titre, concevoir le chef d’état de ses rêves dans un album rappelant le livre pour enfants. [4]

La bande dessinée peut également servir de dénonciation comme le démontre L’affaire des affaires, un album de Denis Robert, Yan Lindingre et Laurent Astier qui raconte les événements de la fameuse Affaire Clearstream en France avec une précision journalistique rigoureuse. [5]

Même les plus grands classiques, comme Tintin, ont des messages politiques. Dans Le Lotus bleu, la critique de l’occupation occidentale et japonaise de la Chine est évidente, que ce soit au niveau des inscriptions en langue chinoise (rédigées par Tchang Tchong-Jen, qui deviendra son ami et sera immortalisé dans deux albums de la série) ou dans l’attitude parfois violente et cruelle des occupants. [6] Il ne faut pas évidemment oublier les messages parfois problématiques contenus dans cette série, notamment dans les premiers albums. Par exemple, ceux-ci reflètent des attitudes qui étaient malheureusement trop répandues au début du vingtième siècle par rapport au continent Africain. Pour plus d’informations sur la politique de Tintin et de son créateur, sujet qui pourrait alimenter de nombreux blogues, je vous recommande de visionner la conférence de Pierre Assouline, grand spécialiste de Tintin: La politique de Tintin (55 minutes, 2007).

Pour poursuivre la réflexion

Le neuvième art est donc un instrument particulièrement efficace de diffusion de messages politiques. J’aurais pu aborder de nombreux autres sujets, qu’ils soient historiques (pensons seulement à l’adaptation de Animal Farm de George Orwell), ou plus récents, qu’ils proviennent des États-Unis ou d’ailleurs dans le monde. Pensons également à la controverse des caricatures de Mahomet au Danemark en 2005 ou à l’incendie des bureaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo en France en Décembre 2011 en réaction encore une fois à des dessins de Mahomet; on comprend alors que les artistes n’hésitent pas à utiliser le médium pour exprimer des positions politiques ou sociales sérieuses.

Et vous, appréciez-vous la bande dessinée politique? Pensez-vous que ce médium puisse permettre de transmettre efficacement de tels messages?

Question pour les fans: est-ce que votre série préférée peut être qualifiée de « politique »? Si oui, quelles sont les idées centrales revendiquées par l’auteur?